In(k) Love And Death

Il me semble que tomber amoureux, c’est un peu se faire tatouer. C’est le cœur, meilleur ami et pire influence du corps, qui nous traine ivre mort (comme dans « totalement bourrasse »), dans un salon de tatouage, et choisit un motif, parfois le plus moche ou le moins approprié qui soit, à notre place. Alors on est allongé là, inconscient de l’endroit où l’on se trouve, et un gros biker entièrement piqué et percé (qu’on appellera Cupidon-Tête-De-Con) nous sangle à la table, se saisit d’un de nos membres, et commence à nous attaquer la peau avec une machine qui perfore des milliers de fois notre peau à la seconde. La douleur nous réveille, et on se rend compte que ça y est, on est foutu. On est amoureux, et on est en train de se faire tatouer un prénom sur le front. Les plus forts d’entre nous, ceux dont le coeur est un peu indulgent, se verront tatouer ce prénom à un endroit plus discret, du genre la fesse gauche.

S’en suit la séance de tatouage la plus longue et, souvent, la plus douloureuse qui soit. La plus périlleuse, aussi. Tomber amoureux, ce n’est pas se dessiner une bite sur la joue, ça, ça s’appelle « avoir le béguin », c’est avoir l’air un peu bête, mais ça part en frottant fort, ou avec les produits adéquats. Non, vraiment tomber amoureux, c’est ce qu’il y a, à mon sens, de plus marquant, voire de plus grave. Le prénom se grave, là, à l’encre indélébile, à la surface de notre corps, visible de tous. Certains cœurs font les bâtards et demandent au tatoueur un dessin alambiqué, plein de couleurs, d’ombrages, de remplissages. Certains prénoms s’accompagnent d’un détail, une boucle, une odeur, un mot, une image. D’autres ne sont que des traits, du contour, sans plus, ou alors de simples lettres d’imprimerie en majuscules. Mais quoi qu’il en soit, on se retrouve là, dans le flou, avec l’identité d’un ou une autre, incrusté dans notre peau à vif.

Tout le monde ne souffre pas le martyr, seul sur la table. Petit big-up à ceux qui se sont fait piquer à deux. Ceux qui ont tenu la main de quelqu’un, pendant la séance. Cette dernière personne se faisant, elle même, tatouer le prénom de celle qu’elle accompagne. Parfois, le rideau est tiré entre les deux clients, et tous deux ne découvriront leurs tatouages respectifs que longtemps après.

Qu’on se soit fait piquer accompagné seulement de son abruti de cœur, ou aussi d’une autre personne, et du cœur de celle-ci, s’en suit une période étrange de cicatrisation. Pour ceux qui furent seules, elle est souvent longue, d’autant plus que l’être aimé possède cette étrange capacité à appuyer à l’endroit en cours de cicatrisation. Une tape sur la cuisse, un coup de pied dans le tibia, une blague, un compliment, un regard. On protège le dessin-blessure, on applique de la crème, mais cet enculé, cette chienne, fait tout pour qu’on passe le pire moment possible. Sans le savoir, et sans le vouloir. « Aïe, putain mon tattoo! – Ah oups pardon j’avais zappé!! » … Pute.

Une fois que tout ça c’est fini, qu’on a décuvé, qu’on a un papillon nommé Hector, ou un Dauphin titré « Sandrine », au dessus des fesses, et qu’il a cicatrisé (processus pouvant prendre entre une semaine et 2ans, environ), que nous reste-t-il?

Well, on est là, avec un tatouage tout neuf. Certains ne voudront plus jamais se faire piquer de leur vie. D’autres seront accros aux sensations que cette séance et ses conséquences procurent. Pour ce qui est du dessin, eh bien, un tatouage est généralement définitif. Souvent, il évolue, vit avec nous. Parfois, les traits se déforment, parfois, les couleurs bavent, parfois, les traits ne s’expriment pas bien. Il arrive aussi que, de jour en jour, il semble s’embellir, qu’on en soit de plus en plus fier. C’est souvent le tout dernier tatouage, la pièce maitresse. Celle qu’on a réfléchi longtemps avant de passer à l’acte (toujours trainé au salon par notre soiffard de cœur, mettons-nous d’accord). Ceux dont le tatouage reste moche un moment, well… Changez de tatoueur, et faites-vous faire une manchette (que, dans cette allégorie, j’assimilerai à l’alcool ou le travail, ou tout autre moyen de cacher et de faire oublier ce qui nous est arrivé).

Quoi qu’il en soit, un tatouage et un amour nous marquent à vie, ne passent jamais inaperçu. La réalisation de l’un, et la chute dans l’autre est toujours sentie et ressentie, fait toujours un choc. Toutes les pièces et amours comptent. Et toutes nous construisent et font partie intégrante de notre Histoire, de ce qu’on est. Aussi… Quand on aime quelqu’un… Ne dit-on pas qu’on l’a dans la peau?

« A fleur de peau »

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