That day when memories became data.

« Attends, attends, attends, attends, bouge PAS, j’te prends en photo ».
Je me demande parfois, souvent, même, sous quel prétexte et pour quelle raison réellement valable les gens ont-ils pris pour habitude d’arrêter de vivre et contempler leur vie dans son déroulement global, pour tout documenter.
Pour soi, pour le monde, pour le kiffe personnel, pour le Like.
« Expériencer » des choses et les prendre en photo, même pas joliment, juste pour l’avoir, là, dans un coin. Au mieux, pour partager l’image, partager sa vie.
Exit l’époque des appareils photos à pellicules qu’on gardait précieusement, attendant LE bon endroit, LE moment à ne jamais oublier, LA douceur pure de l’image fixe et unique, appuyant juste un instant de bonheur qu’on aimerait garder de manière plus vivace, ou juste pour capturer la beauté et l’insolite du monde qui nous entoure.
Aujourd’hui, on passe plus de temps à se constituer des souvenirs, au lieu de vivre l’instant qu’ils sont, au moment où l’action a lieu.
« Prendre des photos » pour la documentation, pour ne jamais oublier, pour tout mettre sur Facebook, oublier de vivre, ne jamais se rappeler. Ne plus Photographier pour la beauté du geste, du cadre, de l’objet. Pour l’Art en plus du souvenir. Ces évènements, ces vies qui, avant, tenaient dans quelques albums photos s’entassent maintenant et pullulent dans nos ordinateurs, poubelles numériques de nos déchets virtuels. Faire de toute sa vie un reportage important et dans lequel on se replonge régulièrement, à chaque phase d’ennui.

J’emporte systématiquement mon appareil photo numérique en soirée. Les lumières de location et les jolis vêtements des invités font de jolies choses, j’aime documenter la liesse générale, chaque fête fait l’objet d’un reportage, les sourires, les danses, les baisers, les étreintes, les gens qui se viandent la gueule… Tout le monde est beau, même les bourrés, mais c’est peut-être parce que je suis naïve.
Je ne m’aime pas quand je décide de ne pas prendre mon appareil photo à l’argentique, et qu’alors restent fugaces l’agilité et les courbes d’un jeune homme qui fait du roller « artistique » sur la place Stravinsky, la lumière propagée par les volutes de fumée de Vané en répèt’, et je m’aime encore moins quand je me rends compte que j’ai laissé la tête d’entrainement de la pellicule en mode « release » pendant tout le concert des Butcher’s Rodeo, ce qui fait que j’ai probablement shooté dans le vide tout du long. Ceci dit, ces moments me forcent à regarder moi même de plus près, à capter moi même toutes ces images que je ne peux fixer, à les vivre dans toute leur splendeur et toutes leurs dimensions, afin qu’elles dansent dans ma mémoire encore et encore.

Ce billet ayant été rédigé en deux temps, je ne sais plus trop de quoi je me plains.
Mais, grossomodo, arrêtez de prendre en photo ce que vous bouffez, c’est insupportable.

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